Laureats du concours d'ecriture de scenarios 2011 LE JURY JEUNES SCENARISTES
L'association du grain à démoudre propose aux jeunes français et européens de 15/25 ans un concours annuel d'écriture de scénario. Cette année les candidats devaient imaginer un scénario sur la thématique "L'ombre et la lumière".
Les 5 scénaristes lauréats du concours 2011, sont invités à participer au festival et composent le jury "jeunes scénaristes", qui décerne le prix du meilleur scénario à l'un des cinq longs métrages en competition.
Georges Hauchard-Heutte
17 ans
(Deville-les-Rouen-France)
Georges Hauchard-Heutte, lauréat du concours 2010 avec le scénario Back Man, présidera le jury de jeunes scénaristes.
Laureats du concours d'ecriture de scenarios 2011 :
Marine Richard
15 ans
Le Houlme, France
Scénario : Lumen
Cliquez ici pour lire le scénario "Lumen"
Lumen
1.Fond noir (+éventuellement musique)
VOIX OFF LISE (débit assez lent, la voix doit donner le ton dramatique du film)
La dernière chose que j'ai vu, ça a été une lumière blanche aveuglante. J'ai entendu des cris aussi. Ils résonnent encore dans ma tête. Puis, au bout d'un moment je n'ai plus entendu et plus rien vu du tout. Tout est devenu noir et silencieux. C'était ça, le néant.
2.Int.Jour.Chambre d'hôpital
(Vue subjective) Les paupières de LISE s'ouvrent doucement. Une lumière blanche intense aveugle sa vision, puis la lumière s'atténue. LISE voit trouble quelques secondes puis son champs de vision revient à la normale. On distingue nettement qu'on est dans une chambre d'hôpital. (toujours en vue subjective) Un HOMME passe à toute vitesse devant LISE.
L'HOMME (en hurlant et courant)
Docteur! Venez vite! Docteur, elle s'est réveillée!
L'HOMME sort de la chambre.
Plan d'ensemble en plongée de la chambre maintenant silencieuse, LISE paraît toute petite, étendue sur son lit, elle regarde la pièce ne comprenant pas pourquoi elle est ici.
3.Int.Jour.Chambre d'hôpital
LISE est assise sur le lit, son dos bien calé contre des oreillers. Sa MERE, une femme d'environ 40 ans est assise prés d'elle sur une chaise, elle lui serre fort la main. Elle paraît bouleversée. La MERE caresse doucement la joue de sa fille qui guette ses moindres mouvements.
LISE (hésitante)
Maman?
LA MERE (presque en pleurant)
Oui ma chérie?
LISE
Qu'est ce qui m'est arrivé?
LA MERE (surprise)
Tu ne te souviens pas?
LISE hoche la tête négativement.
La MERE (bouleversée)
Oh mon dieu...(elle se cale dans le fond de sa chaise). Tu as eu un accident Lise. Tu te rappelles? Tu rentrais d'une fête avec tes amis.
LISE semble troublée.
4.Ext.Nuit.Rue(Noir&Blanc seule Lise apparait en couleur).
(Sans son) Une bande de 5 jeunes (entre 16 et 19 ans) (dont LISE) sont dans une voiture, c'est un garçon qui conduit. Ils crient, se chamaillent, rient, ils ont l'air ivres et peu conscients de leurs actes. Soudain le visage du jeune conducteur paraît effrayé, il semble hurler et les autres jeunes adoptent très vite la même expression tandis qu'une lumière blanche aveuglante se rapproche d'eux à toute vitesse. (Retour du son) La voiture rentre de plein fouet dans une autre, le choc est violent. Puis il n'y a plus aucun bruit ni aucun mouvement à part le hululement de l'alarme de la voiture.
5.Int.Jour.Eglise (couleurs sombres, seule LISE apparaît d'une couleur plus visible et attirante)
L'église est pleine, LISE est assise avec ses parents sur un des bancs. On joue un air de musique, la salle est très silencieuse. Sur l'autel se tient quatre cercueils. La caméra se déplace en travelling dans les rangs, filmant les visages de toutes les personnes présentes. Ils ont l'air abattus, très tristes, certains pleurent et essaient de le cacher. La musique baisse jusqu'à s'éteindre complètement lorsqu'on se rapproche de LISE (gros plan). Elle a un visage fermé, elle paraît vide et regarde droit devant elle.
Sans raison, elle tourne la tête vers l'un des collatéraux sur sa gauche et aperçoit une ombre noir sur le mur qui est en train d'avancer. LISE la suit des yeux. Au fur et à mesure, l'ombre se transforme en une JEUNE FILLE, une de celle qui est décédé dans l'accident (elle a l'allure d'un fantôme, en noir&blanc). La JEUNE FILLE se tourne vers LISE et lui sourit, LISE semble choquée. La JEUNE FILLE lui fait un "salut" de la main. LISE hésite mais reproduit finalement le même geste. La JEUNE FILLE paraît satisfaite, elle continue de s'avancer jusqu'à l'autel. Elle passe devant le prêtre et se place juste devant un des cercueils puis fixe droit devant elle comme figée. LISE jette un regard aux gens autour d'elle qui ne semblent pas remarquer la JEUNE FILLE. LISE donne un coup de coude à sa MERE et lui désigne la JEUNE FILLE; Sa mère regarde sans comprendre, d'un visage neutre. LISE se tourne à nouveau vers le collatérale de gauche où un JEUNE HOMME s'y tient présent, c'est également un ado décédé dans l'accident (aussi fantôme et en noir&blanc). La peur commence à se lire sur le visage de LISE.
Le JEUNE HOMME lui fait signe de le rejoindre. LISE se retourne vers l'autel, la JEUNE FILLE a disparut puis elle se tourne à nouveau vers le JEUNE HOMME, la JEUNE FILLE est à ses côtés. Le JEUNE HOMME lui fait à nouveau signe de les suivre. LISE se lève et les rejoint. Quand elle se lève, toutes les têtes des personnes présentes dans l'église se tournent vers elle avec un regard inquiet. LISE les regarde, terrifiée. Le JEUNE HOMME et la JEUNE FILLE se placent chacun d'un côté de LISE et lui prennent la main. LISE se laisse emmener. Elle regarde tous ces visages tournés vers elles, ils ont quelque chose d'anormal. Le JEUNE HOMME et la JEUNE FILLE soutiennent LISE d'un bras, ils l'entraînent vers la porte de l'église.
6.Ext.Jour.Devant l'église (Noir&Blanc seule Lise apparaît en couleur)
La porte de l'église s'ouvre toute seule. Une lumière blanche intense aveugle LISE, elle porte les mains à son visage pour se protéger. Le JEUNE HOMME et la JEUNE FILLE fixent droit devant eux, comme s' ils ne la voyaient pas. la lumière s'éteint brusquement. Devant LISE se tiennent les deux autres jeunes décédés dans l'accident (aussi fantômes et en noir&blanc), ils se tiennent la main.
Le JEUNE HOMME et la JEUNE FILLE qui ont accompagné LISE jusqu' ici se détachent d'elle et rejoignent les deux autres , ils se donnent également la main. La JEUNE FILLE lui fait signe de les suivre. LISE se retourne vers l'église, sa MERE se tient dans l'encadrement debout, elle paraît figée. Ses lèvres bougent mais on n'entend pas ce qu'elle dit. LISE se retourne vers les quatre jeunes. La JEUNE FILLE insiste en reproduisant le même geste. LISE fait non de la tête. Les quatre JEUNES froncent les sourcils, leurs visages deviennent maléfiques. La MERE semble paniquée, elle crie quelque chose que personne n'entend. Les quatre jeunes se mettent à courir vers LISE en tendant leurs mains droit devant eux comme si ils voulaient l'attraper, la MERE se met également à courir. LISE se retrouve au milieu, paniquée. Elle lève la tête vers le ciel. Une lumière blanche aveuglante envahi tout le décor.
7.Ext.Jour.Rue
La lumière blanche s'atténue. Un HOMME fait un massage cardiaque à LISE.
L'HOMME (désespéré)
Allez, Allez!
Soudain, LISE ouvre les yeux brusquement, elle tousse et crache. L'HOMME la prend contre lui en souriant et l'encadrant de ses bras.
L'HOMME
Viens. Attends, je vais t'aider.
Il aide LISE à se relever en la soutenant. LISE boîte et paraît mal en point, son visage est balafré, du sang lui coule sur le visage. L'HOMME l'amène quelques mètres plus loin vers un camion ambulancier. Ils croisent quelques personnes qui s'agitent dans tout les sens. LISE se retourne et voit derrière elle les deux voitures encastrées, elle se trouve sur le lieu de l'accident. L'HOMMME l'aide à s'allonger sur un brancard à l'arrière du véhicule.
l'HOMME (en souriant)
Ca va aller maintenant, tu es tirée d'affaire.
LISE hoche la tête, rassurée. L'HOMME referme les portes du camion avec un claquement brusque.
Coupure directe. Générique sur fond noir.
Clement Lissandre
18 ans
Riom, France
Scénario : Jeux de lumière
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Séquence 1 Note : Le « mécanisme titanesque » de l'introduction n'a bien entendu rien à voir avec le mécanisme d'une boite à musique, il s'agit d'une dimension imaginaire infinie, semblerait-il, enfermée dans le socle de la danseuse-boite à musique.
Voix off : Petit on a tous des convictions, une imagination continue, comme une mélodie pleine de promesses. On y voit le monde et l'avenir. C'est cela qui nous éclaire. C'est notre veilleuse. Mais alors pourquoi les autres ne la voient-ils pas ?
Note : La voix off murmurée qui va suivre est la voix de la jeune fille à 17ans, il s'agit de ses pensées alors qu'elle rêve de cette scène du passé.
Voix off (murmure): La porte Maman, ton ombre leur a toujours fait peur. Ta raison, |
Dans le noir le plus total, on n'entend tout d'abord que la voix off et le cliquetis d'un balancier, comparable au bruit d'une montre mécanique. Quelques reflets cuivrés nous parviennent, on flotte bientôt au milieu d'une infinité de rouages en activité, éclairés par un faible halo. Jouée par une boite à musique encore invisible, la musique introductive du lac des cygnes (Act II Scene. Moderato) vient se mêler au rythme du balancier. Le mécanisme titanesque ne semble avoir ni queue ni tête. Plusieurs pièces sont décorées de gravures évoquant un pharaon détenteur du Pschent, du Sceptre Ouas et de la Croix Ansée, un temple décoré d'une étoile à six branches ou encore un ange pourtant une torche. La voix off finit de parler puis soudain on sort de cet endroit sombre et tous les bruits se taisent, seul reste la mélodie du lac des cygnes. On voit alors qu'il s'agissait de l'intérieur du socle d'une figurine de danseuse, tournant mécaniquement sur elle-même, c'est aussi de cet étrange objet que vient la musique. L'éclairage semble être à la lueur d'une flamme hors champ. La danseuse porte un justaucorps à plumes, une partie est blanche, l'autre noire. Alors qu'elle est présentée sous tous ses angles apparait à l'écran « ActI». L'objet est posé sur la scène d'un petit théâtre à marionnettes. L'édifice de fortune (fait à partir d'une cagette de fruits, probablement) ne mesure pas plus d'une cinquantaine de centimètres de haut, pour une soixantaine de large. Le fond est un écran de papier jauni sur lequel se dessine l'ombre dansante de la figurine. Sur un coté extérieur est accroché une marionnette de bois avec un long nez triangulaire, portant une queue-de-pie et un chapeau haut de forme (nous appellerons cette marionnette ARCHIE). On peut petit à petit contempler la pièce dans son intégralité. Il s'agit d'une chambre d'enfant très sombre, les volets sont fermés, on ne voit pas la porte. Le petit théâtre est posé au pied du lit, face à lui une petite fille (8 ans, en |
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Séquence 2 Voix off (normale) : Même perdu l'homme ne s'arrête pas : il cherche toujours. |
On entend le crépitement d'un feu, qui apparait un court instant : dans une cheminée dans une cheminée, le petit théâtre et l'ours en peluche brulent. |
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Séquence 3 : Voix off : Les Rêves… Ce genre de conneries abstraites qui vous restent parfois dans la tête. On ne s'en rappelle toujours qu'à moitié, et on n'y comprend jamais rien car ça parle toujours d'un sujet qui nous dépasse.
Voix off : N'empêche qu'un rêve, ça fait toujours du bien. |
Noir. |
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Séquence 4 : Voix off : Pour certains c'est une manière de rappeler qu'on ne vaut pas moins qu'un autre, pour les autres… un rappel qu'on ne vaut pas mieux.
Voix off : Une perte temps, mais sans laquelle on a peur de n'être plus que l'ombre d'un humain. |
La Jeune Fille arrive devant un Lycée. De nombreux élèves sont groupés devant des panneaux d'affiche dans l'entrée. Chacun s'attarde plus ou moins longtemps devant, puis se retourne en pleurant ou en hurlant de joie criant « je l'ai » à ses amis. Les affiches sont titrées « résultats du Baccalauréat ». |
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| Séquence 5 : Voix off : On s'est standardisé dans un monde commun ou les fantaisies ne sont rien de plus que des fantaisies, où les artistes deviennent fous, à s'en couper les oreilles, la langue, ou encore s'en arracher les cheveux |
L'intéressée rentre dans un immeuble : une résidence étudiante, après avoir tapé son code d'entrée et pris l'ascenseur, on la voit marcher dans un couloir le long duquel sont alignées une multitude de portes identiques : lorsqu'elle arrive devant la sienne, elle entre. |
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Séquence 6 : …Mais ça… |
On voit tout d'abord plusieurs plans de mouvements : une danseuse effectue quelques pas de classique, dans un justaucorps à plumes blanc et noir. |
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Séquence 7 : Voix off : C'est quand on a abandonné le monde de nos enfances que les rêves viennent sournoisement bercer nos nuits, pour hanter nos jours, alors plus réels que tout.
Voix off : Des parasites. |
Noir. |
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Séquence 8 : Voix off : La raison c'est la lumière du philosophe. Elle nait du doute, une remise en cause perpétuelle de tout ce qu'on perçoit, pour ne considérer comme vrai que ce qui est en accord avec la logique universelle. Voix off : Une lumière qui aveugle. Voix off : Mais même en considérant les incertitudes relatives ou absolues on se tourne toujours vers elle. L'homme court toujours après un savoir, c'est dans sa nature : et la peur du noir le pousse à chercher des réponses où il y en a, peu importe qu'elles soient bonnes ou mauvaises.
Voix off : La raison c'est comme une drogue : c'est tentant. Mais on sait que si on goute un jour on ne jurera plus que par ça. |
« Act III » apparait à l'écran encore noir. |
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| Séquence 9 : Voix off : La remise en question, c'est pas vraiment un choix : tout le monde, un jour ou l'autre, doit y passer. C'est un cycle naturel : nos convictions s'écroulent lorsque l'inspiration qui les a engendrés s'épuise. |
On voit les souvenirs un peu bridés de la jeune fille. Les images sont parfois floues, les voix sont parfois modifiées, voire brouillées ou effacées. |
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Séquence 10 : Voix off : On se regarde alors comme une tierce personne et on ne se comprend plus. On laisse les théories au placard, car rien n'est plus sérieux, il ne s'agit plus de sauver sa face, mais de survivre, tout simplement. Alors on se met à l'ouvrage et on construit quelque chose de nouveau. |
Toujours des souvenirs, la jeune fille (à 10ans) est à un enterrement, le cercueil est mis en terre. Elle a le regard vague, mais ne pleure pas. Le mauvais temps (gris, pas de pluie mais du vent, des feuilles mortes qui volent) donne presque l'impression que la scène est en noir et blanc. |
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Séquence 11 :
Voix off : L'enfer c'est les autres, disait-il. Il n'avait pas tort : Ceux qui nous détournent de l'enfance, de nos rêves, pour ne nous offrir qu'une vie ordinaire dans un monde de contrainte, c'est les autres. |
Noir. |
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| Séquence 12 : Voix off : Si on résiste ils nous détruisent moralement, nous excommunient, nous lobotomisent au point de nous convaincre nous même que nous ne sommes pas naturels. Mais le pire c'est que pour ça on les aime. C'est les autres qui nous éveillent au monde sans rêve, et nous y font prendre gout. |
L'intéressée sort dans la rue devant chez elle, déserte. Elle attend un instant, il s'agit d'une rue de pierre grise, assez triste. Puis un bruit se fait entendre et une Coccinelle rose fait son apparition au loin pour venir se garer juste devant La Jeune Fille. Toute souriante, sa conductrice est une des deux étudiantes de la séquence 4. |
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Séquence 13 : Voix off : On se met alors à apprécier les contreparties, cette dimension qui fait le réalisme. Grace aux malheurs on apprend à profiter de la vie : |
La coccinelle arrive sur un parking où un groupe de plusieurs jeunes attend devant une autre voiture déjà garée. Les deux amies sortent, la conductrice, pleine d'énergie, court sauter au coup d'un garçon du groupe et l'embrasse, tandis que La Jeune Fille l'air enthousiaste s'approche d'un pas un peu plus modéré. L'un étant donc occupé, elle va dire bonjour aux trois autres : |
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Séquence 14 : Voix off : La lumière dans tout ça ? |
Dans une boite de nuit. |
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Séquence 15 :
Il s'agit de prendre tout ce qu'il y a à prendre… |
Les jeunes amis sont à la sortie de la boite et rejoigne la voiture, à tour de rôle, chacun fait le pitre pour amuser les autres. |
Fleur Pires
19 ans
Nolleval, France
Scénario : Dernière danse
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Séquence 1. INT. Escaliers de la maison de Julia et Elian. - JOUR
Cinq minuscules doigts, fragiles, s'agrippent à la marche suivante. La main glisse en avant sur le bois sombre de l'escalier. L'enfant grimpe à quatre pattes l'escalier massif. Ses deux pieds nus repoussent la dureté du bois lustré pour se hisser en avant. Il est presque arrivé en haut. En haut, le but à atteindre. Son visage en tension se concentre sur la dernière marche. Ses yeux s'étirent en un sourire. Il va y arriver, seul. Sa main gauche se pose près de la droite, sur la marche. Une dernière impulsion, ses genoux se plient, il est debout. Déséquilibré son corps bascule en arrière. Il agrippe la rampe à sa droite. De toutes ses forces, il se soutient. Il se ré-équilibre. Il sourit. Des ridules apparaissent sur son visage. Et puis, il compte …
L'ENFANT
Un, deux, trois
… et il lâche. Ses doigts contractés autour de la rampe glissent, semblent flotter un instant en apesanteur, danser dans l'air, dans l'oxygène. Il tombe. Sur le mur blanc opaque qui longe l'escalier, les ombres de sa silhouette défilent. Longue chute. Son corps se tord en angles improbables, déployant une chorégraphie désordonnée. Pas un cri. Pas un gémissement. Le silence, et ses ombres mortuaires. (Noir)
Séquence 2.
Scène 1. EXT. Village espagnol. - JOUR
Clarté aveuglante. Le soleil : tache de lumière dans le ciel. L'envolée d'un oiseau ramène, après quelques battements, en bas, à la terre des Hommes. Une cloche en bronze donne l'essor à un son étourdissant qui envahit tout le village jusqu'au lointain des collines rocailleuses. C'est la cloche d'une église, dont le rythme régulier influe la cadence des pas frappant le sol, soulevant des brumes de poussières. Un sol sur lequel avancent une file d'hommes et de femmes, vêtus de noir, suivant le cortège mortuaire. Dans ce village aux pierres ocres, aux ruelles étroites et dallées, les pieds frottent le sol de sable et de pierres. De fines chaussures en toile trébuchent sur un caillou dont les bonds se répercutent sur les pattes arrières d'un petit chien; il couine et avance plus vite.
Massive, d'un ocre pâle recouvert de poussière, l'église est le monument le plus ancestral du village. Entre les deux battants de la porte de bois épurée du bâtiment, un homme debout, regarde s'éloigner le cortège.
VOIX OFF DE L'ENFANT (petit garçon)
Mon papa. Hola papa. Tu ne m'entends pas ? Hola ! Je suis plus haut que toi ! (rire)
Scène 2. INT. Eglise du village. - JOUR
Le soleil pèse sur son visage, ses yeux sont à demi fermés, sa peau contractée est ruisselante de sueur, sa bouche crispée. Puis elle se tord brusquement en un rire rauque et bref. Ses épaules, larges, fermes, initient un mouvement vers l'arrière, vers l'intérieur de l'Eglise, vers l'obscurité et la fraîcheur de l'antre du monument. Il est de dos désormais, face à la Vierge, et face à sa femme. Un trait de lumière issu de la porte ouverte traverse l'Eglise, irradiant la silhouette de la femme et le visage de la Vierge. Baignée d'un rayon doré, la femme caresse tendrement son ventre arrondi.
VOIX OFF PETIT GARÇON (émerveillé)
Maman ! … ma chanson !
Assise sur un banc, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, elle fredonne une chanson de son enfance, une chanson allemande.
JULIA (Voix de Julia mêlée à celle du petit garçon)
« Schlaf, Kindlein, schlaf!
Da draußen gehn zwei Schaf,
Ein schwarzes und ein weißes,
Und wenn das Kind nicht schlafen will,
Dann kommt das schwarz' und beißs es!
Schlaf, Kindlein, schlaf! »
Un pas en avant. Léger vertige, et puis, une voix rauque résonne dans l'Eglise.
ELIAN (voix rauque et ferme)
Julia, cállate.
La comptine s'arrête un instant. Le tintement des cloches devient plus présent. Et puis, la chanson renaît, douce, mais certaine. Sur les dalles de l'Eglise, dans l'allée principale, l'ombre du père se retourne lentement vers la lumière qui émane du dehors. Il s'enfuit en courant, poursuivi par l'écho de ses pas.
Séquence 3.
Scène 1. INT. Mezzanine de la cuisine de la maison de Julia et Elian. - JOUR
Des petits oursons bruns tiennent de part et d'autre un ballon rouge dans leurs mains. Ces motifs dans lesquels Julia s'absorbe sont ceux de la nappe de la planche à repasser. À l'étage supérieur de la cuisine, dans la mezzanine, Julia danse avec le fer à repasser fumant. Son corps danse, sa main danse mais ses yeux ne quittent pas les motifs enfantins de la nappe. Ses doigts s'entrelacent de manière à délier doucement son poignet, son bras s'enroule autour du fer sans jamais le toucher, caresse l'air, remonte jusqu'au haut de son front, pour redescendre au contact de ses cheveux dorés, se poser sur l'arrondi de son ventre, une pulsion sur la hanche, elle tourne sur elle-même, elle attrape le fer, le brandit en l'air, le repose brutalement sur la table, et recommence. Les rideaux de la baie de la mezzanine sont tirés. Plongée dans une semi-obscurité, ses rites dansés sont reflétés par des lampes qui forment une ligne parfaite sur un côté de la pièce.
Scène 2. INT. Cuisine. - JOUR
En bas de la mezzanine, Elian, son mari, est assis sur une chaise de la cuisine. Un couteau laguiole au manche noir dans la main gauche, il regarde un chat étendu au soleil à travers la large baie vitrée. Son attention se reporte sur le couteau. Son index droit vient caresser la lame. Dans un sens, dans l'autre, allers, retours, pour finir par enfoncer doucement, presque tendrement, le bout de son doigt dans la pointe du couteau. Une perle de sang apparaît. Il la transforme en une trainée sombre sur la lame. Il referme le couteau. Se lève. Déboutonne sa chemise. Le fer de Julia tombe au sol. Ses yeux cherchent, son visage se tourne légèrement vers l'escalier qui mène à la cuisine. Une porte claque.
Séquence 4. : EXT. Colline du village espagnol. - JOUR jusqu'à la NUIT
Torse nu, Elian court. Ses pieds foulent à peine le sol, ses jambes le propulsent en avant de plus en plus vite. Autour de lui, la nature, la terre calleuse, la colline qui s'approche, aucun regard extérieur pour le juger. Au bas de la colline, sa course s'arrête, sa respiration se stabilise. Une main se pose sur un rocher, les muscles de son bras se contractent, il escalade. Des gouttes coulent le long de son corps, formant des traînées sales, de sueur et de poussière. En haut, il prend la place d'un aigle royal qui rejoint le sommet d'une colline voisine. Il s'assoit et observe le monde l'entourant. Une légère brise lui caresse la nuque avant de s'enchevêtrer entre les pétales des quelques fleurs sauvages résistant à ces altitudes. Debout, il emplit ses poumons d'air pur; et il crie. L'écho lui renvoie une force et un courage animal, un cri humain, un cri du ventre, un cri du corps et des pensées. Le ciel s'assombrit, son ombre s'étend derrière lui pour disparaître ensuite, absorbée par la nuit. Debout, une dernière fois, il inspire, libère sa voix, et crie. Avec rage, avec désespoir, avec passion.
Séquence 5
Scène 1. INT. Chambre à coucher de Julia et Elian. - JOUR
Assise sur le lit, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, Julia fredonne une chanson de son enfance, une chanson allemande. Elian, allongé à ses côtés, la regarde. Le corps de Julia tombe doucement sur celui d'Elian, comme aimanté, attiré par ce qu'il dégage. Ses bras s'enroulent sensuellement autour de son torse. Elle ferme les yeux, le refrain s'arrête. Ses mains saisissent le tee-shirt de coton blanc d'Elian et le font glisser lentement jusqu'à son cou. Elle l'enlève. Effleure son visage de ses doigts, et ouvre les yeux. Leurs regards se pénètrent. Longtemps. Les cheveux de Julia viennent caresser le visage d'Elian. Il pose ses lèvres sur son cou. Sa main rampe jusqu'aux hanches de sa femme pour toucher l'arrondi de son ventre, la chaleur qui en émane, le bonheur que cela lui procure. Le sourire de ses yeux s'étend à ses lèvres, et se propage sur la visage de Julia. Corps contre corps, elle tend son bras jusqu'à la lumière. Mais un autre bras frôle le sien, une main attrape son poignet.
ELIAN (murmure)
Non
Séquence 6
Scène 1. INT. Cuisine. - NUIT
Dans la maison, toutes les fenêtres brillent. Illuminée au coeur de la nuit, elle semble une bougie fragile, prête à s'éteindre prise dans les mouvances du vent. Des zébrures nettes traversent le ciel, irradiant une lumière qui fascine Julia. Devant la véranda de la cuisine, elle observe l'orage, la pluie qui déferle au dehors et la pénombre des ruelles du village. Sa chemise de nuit jaune pâle frôle les dalles sombres sous ses pas. Elle se dirige vers la porte. Ses bras, son cou sont dénudés, et ses cheveux défaits. Elle ouvre. Le vent s'engouffre dans la maison, la pluie vient fouetter son visage. La porte claque, elle est sortie.
Dans un recoin de la pièce, invisible dans la pénombre, Elian est adossé au mur. Ses genoux plient. Il se laisse choir lentement pour retrouver le contact froid des dalles noires.
Scène 2. EXT. Village espagnol. - NUIT
Un fantôme dans la rue. C'est l'impression que Julia donne en se laissant entrainer par le vent, déambulant sans but dans les ruelles pavées, se perdant dans les confins du village. Sa robe de nuit crée un filet de boue qui la suit, qui marque ses pas. Ses cheveux gouttent sur ses épaules. Elle fuit les rues éclairées, et s'enfonce dans les ruelles étroites et sombres. Ses jambes agissent seules, la portent, tandis que son buste chavire d'avant en arrière. Ses mains s'agrippent à ses cheveux qui se collent sur la peau de son visage. De sa bouche sort un liquide blanc, de l'écume. Les yeux écarquillés, la bouche entrouverte, elle fredonne une chanson de son enfance, une chanson allemande. Au loin, deux ombres approchent. Deux hommes. Courbés, sales, hilares. Ils la reconnaissent.
LE PREMIER HOMME (voix des hommes abruptes, en partie inaudibles)
R'garde ça. T'la connais?
LE DEUXIÈME HOMME
Mais si, c't 'elle qu'a laissé mourir son p'tit
LE PREMIER HOMME (pour lui même)
La putain …
Un des hommes plonge une main dans la boue qui inonde les bords du chemin. La terre s'enfonce sous ses ongles, imprègne sa peau. Il en tire une poignée.
LE DEUXIÈME HOMME (rire gras)
On dirait d'l'a chiasse
LE PREMIER HOMME (insulte clairement adressée à Julia)
Mérite que ça. PUTAIN.
Une substance épaisse et coulante s'écrase brutalement sur le visage de Julia. Indifférente à la boue qui coule sur sa joue et tache sa fine chemise de nuit, elle avance vers les deux hommes, les regardant fixement. Dans ses yeux, toute humanité semble disparue, elle voit au-delà des corps des hommes qui lui font face. L'un panique et s'empare d'une pierre. Le choc sur son crâne la projette au sol. Effrayés, les hommes s'enfuient. La joue contre les pavés, les yeux ouverts, Julia reste paralysée un instant. L'eau coule sur son visage, mêlant la terre poisseuse au sang de la blessure. Ses bras la relèvent avec une force surprenante, une volonté déracinante. Debout, le sang ruisselant sur son visage, elle reprend sa marche. Son corps s'éloigne, il n'est plus qu'une ombre.
Séquence 7. INT. Cuisine puis EXT. Forêt du village. - NUIT
ELIAN (voix étranglée)
Julia !
La voix d'Elian l'extrait de la pénombre de la cuisine. Il avance vers la source de lumière de la pièce. Un cri de rage sort de sa poitrine. Il court. Sous la pluie, l'orage éclate, et il court. Tremblant de froid, trempé, il est à l'orée de la forêt du village. Son corps s'effondre au sol, ses mains s'enterrent dans les feuilles mortes. Son visage s'arrache à la lumière de la lune et s'enfonce dans la terre. Des secousses agitent son corps. Il pleure.
Séquence 8
Scène 1. INT. Chambre à coucher. - JOUR
Des mains de femme frôlent le bois d'une porte. La clé tourne dans la serrure, la porte est condamnée. Julia est seule dans la chambre. Ses bras repoussent furieusement le pied du lit à l'horizontal, contre le mur, dégageant un grand espace au cœur de la pièce. Elle tourne, elle tourne en chantant le même refrain allemand, enfermée dans une prison dont elle a scellé la forme. Ce cercle, elle s'en échappe brutalement à la fin de chaque série de trois tours. Son corps se jette contre la vitre froide de la fenêtre. Son ventre s'écrase violemment contre la paroi, les traits de son visage collé à la vitre sont déformés en un rictus hilare, mais ses yeux sont remplis de larmes. Le cercle reprend, inlassablement. Et le choc, enfin, contre la porte en bois massif cette fois. Les épaules qui semblent craquer, les bras s'agitant sans force, suivant le mouvement général du corps, le mouvement issu de l'intérieur du corps qui l'oblige à choir, à se torturer. De l'autre côté de la porte, Elian s'affale. La tête maintenue par ses mains, ses doigts s'agrippent à ses cheveux, les tirent, les arrachent. Son corps, appuyé contre la porte reçoit les secousses déchainées que Julia lui inflige. Elle tourne, elle tourne, chantant de plus en plus fort, de plus en plus aigu, marchant de plus en plus vite pour aller jusqu'à courir, traverser la pièce en courant pour se propulser contre la porte, puis la fenêtre, la porte, la fenêtre, toujours plus violemment. Elian se laisse glisser au sol et frappe sa tête contre la porte. Soudain, le silence. La respiration d'Elian se coupe, son corps se contracte. Un cri inhumain déchire l'atmosphère pesante. Un cri à déchirer les entrailles de tout homme. Un cri du ventre, grave, tranchant. Elian martèle la porte de coups brutaux, elle cède, il se précipite à la l'intérieur. Le cri s'arrête net. Au centre de la pièce, assise à genoux, de profil, Julia sourit. Un sourire carnassier qui la rend terrifiante. Elle porte ses mains à son ventre puis tourne lentement son visage vers Elian.
JULIA
Il est mort.
ELIAN (le visage déformé par la peur et l'horreur)
?
JULIA
Tes deux fils sont morts Elian. (Elle rit). Je suis désolée.(sincère)
Julia se lève lentement. Elle est debout, face à Elian qui parcourt lentement son corps d'un regard profond, glacé, obscur. Un filet de sang coule entre ses cuisses. Ses yeux soudain inexpressifs ne regardent plus, ne voient plus; perdus dans le vide. Elle est aveugle. Etrangement, ce n'est pas le noir dans lequel elle se perd, mais dans la lumière, une clarté éblouissante, un voile blanc devant ses yeux.
Scène 2 : INT. Salle de bain. - JOUR
Son corps la guide jusqu'à la salle de bain. Elian la suit. Elle ferme les fenêtres, baisse le store. Et éteint la lumière. Les souffles de leur respiration, les gouttes de sang qui tombent sur le carrelage se mêlent à un nouveau son, du métal, du métal sur le carrelage. Ou de l'acier. Et puis, une respiration se coupe. Quelque chose s'arrache. S'enfonce. Brutale, la respiration reprend, comme après être restée en apnée, longtemps, trop longtemps. Elian allume la lumière. Le miroir de la salle de bain reflète l'image de sa femme, ses deux mains enfoncées contre son ventre. Entre ses mains, un ciseau. Eventrée. Ils échangent un dernier regard à travers le miroir. Leurs visages sont sereins. Paisibles. Elian éteint la lumière.
FIN
Notes :
Musique générique de fin : La comptine pour enfants en allemand chantée par le petit garçon.
Traduction française de la comptine allemande : Dors, petit enfant, dors !
Deux moutons sont là dehors,
Un noir et un blanc
Et si l'enfant ne veut pas dormir,
Le noir vient et le mord !
Dors, petit enfant, dors !
Schlaf, Kindlein, schlaf!
Da draußen gehn zwei Schaf,
Ein schwarzes und ein weißes,
Und wenn das Kind nicht schlafen will,
Dann kommt das schwarz' und beißs es !
Schlaf, Kindlein, schlaf !Dernière danse. Fleur Pires PAGE 5
Scénario « Ombres et Lumières » : Dernière danse
Fleur Pires
Sophie Bajeux
24 ans
Nice, France
Scénario : Avis de recherche
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Avis de recherche
1. EXT RUE JOUR :
Une jeune fille blonde, très mince, vêtue d'une robe écrue et portant des lunettes de soleil
discrètes, sort dans la rue, dépassant un groupe de jeunes de son âge, lesquels rient aux éclats,
se tenant par les coudes. Elle les regarde vite fait tandis qu'ils avancent, lève la tête, regarde
les devantures d'anciennes vitrines disparues et baisse la tête.
2. EXT PARC JOUR :
La jeune fille passe devant un manège, des jeux d'enfants, débouche dans un parc. Elle passe
près d'une fontaine et vient s'asseoir sur un banc. Elle sort un livre d'une besace en cuir
marron usé, le feuillette, pensive, s'arrête au bout de quelques pages pour le reposer, en
regardant autour d'elle, comme si elle enviait le rire des enfants et les conversations proches.
Son regard se pose sur un jeune couple assis sur le banc d'à côté, s'y attarde. Alors qu'ils
s'embrassent et recommencent, elle a un mouvement brusque, se lève et part.
3. EXT AVENUE JOUR :
On la voit longer une large avenue en plein soleil, tête baissée, dans ses pensées. Le soleil
brille et son ombre se découpe sur les murs. Elle s'arrête quelques minutes pour contempler sa
silhouette, reprend son chemin. Alors qu'elle s'apprête à déboucher dans une vieille ruelle à
droite (sa gauche), une autre ombre se dessine à sa suite, comme quelqu'un qui la regarderait
en silence, juste dans le coin.
4. EXT RUELLE JOUR :
La jeune fille poursuit sa marche dans la ruelle, s'arrête au bout de quelques pas, comme si
elle sentait une présence, lève les yeux au ciel et se retourne lentement, mais personne derrière
elle. L'endroit est décrépi et mal entretenu, des immondices jonchant le sol ça et là. Elle
continue d'un pas plus vif, et l'on voit de nouveau une autre ombre à sa suite sur les murs. De
plus en plus alerte, elle accentue la cadence, et l'on voit les deux ombres marcher rapidement
sur le mur, la seconde se rapprochant de la première mais respectant une certaine distance. La
jeune fille débouche à un croisement de vieilles ruelles, surplombées de linge pendant dans le
vide.
5. EXT CARREFOUR RUELLES JOUR :
Une voiture débouche en trombe au coin de la rue, manquant de renverser la jeune fille, qui se
colle au mur, entre un container et le croisement. Son ombre s'écrase derrière elle, tandis que
celle qui la suivait fait un saut en arrière, avant de se courber en avant, dans une attitude
timide et guetteuse, le container placé entre elles deux. Un coup de vent léger fait virevolter
doucement le linge bien au-dessus d'elle, un débardeur blanc mal attaché dégringolant à ses
pieds. La jeune fille le ramasse, le doigt sur une tâche délavée à l'emplacement présumé du
coeur, découvre un journal passablement défraîchi en dessous. L'ombre suiveuse sur le mur la
regarde attentivement quelques secondes, se gratte la tête en même temps qu'elle, fait mine de
recevoir en pleine tête le débardeur que la jeune fille balance derrière elle. Tandis que celle-ci
secoue le journal pour en décoller les pages, l'ombre suiveuse allume une cigarette, en tire
quelques bouffées, toujours en la regardant. La jeune fille tourne les pages et l'ombre
suiveuse tire une chaise de nul part, s'y assoit tandis qu'une table apparaît, se verse un verre,
cigarette toujours en main et regard dans sa direction. La jeune fille ouvre une page intitulée
3 en grosses lettres « Accident dans la rue d'à côté », alors que l'ombre tire tranquillement une
bouffée. Elle jette brusquement le journal par terre, tournant vivement le coin de la rue.
L'ombre derrière fait mine de s'étouffer en buvant une rasade, repose vite son verre qui se
renverse sur la table, jette les mégots de sa cigarette par terre, se lève et la suit.
6. EXT RUELLE JOUR :
La jeune fille marche d'un pas vif, son ombre toujours suivie par l'autre. Elle accélère de plus
en plus et l'ombre fait de même. Elle arrive soudain près d'un trou dans le mur, ayant la
forme d'une silhouette humaine s'étant écrasée contre, bras et jambes écartées. Elle ralentit et,
en se gardant bien de regarder le trou, passe devant lentement, s'arrête au centre, immobile.
L'ombre qui la suit entre dans le trou, en ayant les dimensions exactes. La jeune fille se met
alors à courir, poursuivie par l'ombre. Elle fait deux fois le tour de la rue, puis se jette dans le
trou qu'elle avait dépassé. Elle débouche en roulé boulé dans une autre rue où un jeune
homme brun, yeux bridés et cheveux décoiffés, colle des affiches à mains nues sur un
lampadaire. Il est vêtu d'une chemise marron foncé aux manches retroussées et d'un jean noir
fatigué, porte des chaussures lacées marron d'un style hésitant entre militaire et montagne,
deux bagues à une main (dont l'avant-bras est marqué d'une cicatrice), est assez mince et
porte une très légère barbiche au menton. Tandis qu'elle s'époussette à genoux, celui-ci, qui
s'est tourné vers elle à son entrée, vient se placer derrière elle, attrape quelque chose dans le
trou, en tire sa propre ombre gesticulant. Alors que la jeune fille se relève lentement, enlevant
ses lunettes pour se frotter les yeux, son regard accroche le titre de l'affiche (« Avis de
recherche : ombre perdue… cherche double », les deux derniers mots écrits en plus petits
caractères), le jeune homme secouant l'ombre dans son dos (cette dernière croisant les bras,
dans un geste d'énervement). La jeune fille tourne lentement la tête en même temps que
l'autre derrière elle, leur visage se faisant face, très proches. Le jeune homme esquisse un
sourire, lui caresse le menton et, tandis qu'elle se laisse faire, l'attire doucement à lui pour
joindre ses lèvres aux siennes.
1. EXT RUE JOUR :
Une jeune fille blonde, très mince, vêtue d'une robe écrue et portant des lunettes de soleil
discrètes, sort dans la rue, dépassant un groupe de jeunes de son âge, lesquels rient aux éclats,
se tenant par les coudes. Elle les regarde vite fait tandis qu'ils avancent, lève la tête, regarde
les devantures d'anciennes vitrines disparues et baisse la tête.
2. EXT PARC JOUR :
La jeune fille passe devant un manège, des jeux d'enfants, débouche dans un parc. Elle passe
près d'une fontaine et vient s'asseoir sur un banc. Elle sort un livre d'une besace en cuir
marron usé, le feuillette, pensive, s'arrête au bout de quelques pages pour le reposer, en
regardant autour d'elle, comme si elle enviait le rire des enfants et les conversations proches.
Son regard se pose sur un jeune couple assis sur le banc d'à côté, s'y attarde. Alors qu'ils
s'embrassent et recommencent, elle a un mouvement brusque, se lève et part.
3. EXT AVENUE JOUR :
On la voit longer une large avenue en plein soleil, tête baissée, dans ses pensées. Le soleil
brille et son ombre se découpe sur les murs. Elle s'arrête quelques minutes pour contempler sa
silhouette, reprend son chemin. Alors qu'elle s'apprête à déboucher dans une vieille ruelle à
droite (sa gauche), une autre ombre se dessine à sa suite, comme quelqu'un qui la regarderait
en silence, juste dans le coin.
4. EXT RUELLE JOUR :
La jeune fille poursuit sa marche dans la ruelle, s'arrête au bout de quelques pas, comme si
elle sentait une présence, lève les yeux au ciel et se retourne lentement, mais personne derrière
elle. L'endroit est décrépi et mal entretenu, des immondices jonchant le sol ça et là. Elle
continue d'un pas plus vif, et l'on voit de nouveau une autre ombre à sa suite sur les murs. De
plus en plus alerte, elle accentue la cadence, et l'on voit les deux ombres marcher rapidement
sur le mur, la seconde se rapprochant de la première mais respectant une certaine distance. La
jeune fille débouche à un croisement de vieilles ruelles, surplombées de linge pendant dans le
vide.
5. EXT CARREFOUR RUELLES JOUR :
Une voiture débouche en trombe au coin de la rue, manquant de renverser la jeune fille, qui se
colle au mur, entre un container et le croisement. Son ombre s'écrase derrière elle, tandis que
celle qui la suivait fait un saut en arrière, avant de se courber en avant, dans une attitude
timide et guetteuse, le container placé entre elles deux. Un coup de vent léger fait virevolter
doucement le linge bien au-dessus d'elle, un débardeur blanc mal attaché dégringolant à ses
pieds. La jeune fille le ramasse, le doigt sur une tâche délavée à l'emplacement présumé du
coeur, découvre un journal passablement défraîchi en dessous. L'ombre suiveuse sur le mur la
regarde attentivement quelques secondes, se gratte la tête en même temps qu'elle, fait mine de
recevoir en pleine tête le débardeur que la jeune fille balance derrière elle. Tandis que celle-ci
secoue le journal pour en décoller les pages, l'ombre suiveuse allume une cigarette, en tire
quelques bouffées, toujours en la regardant. La jeune fille tourne les pages et l'ombre
suiveuse tire une chaise de nul part, s'y assoit tandis qu'une table apparaît, se verse un verre,
cigarette toujours en main et regard dans sa direction. La jeune fille ouvre une page intitulée
3 en grosses lettres « Accident dans la rue d'à côté », alors que l'ombre tire tranquillement une
bouffée. Elle jette brusquement le journal par terre, tournant vivement le coin de la rue.
L'ombre derrière fait mine de s'étouffer en buvant une rasade, repose vite son verre qui se
renverse sur la table, jette les mégots de sa cigarette par terre, se lève et la suit.
6. EXT RUELLE JOUR :
La jeune fille marche d'un pas vif, son ombre toujours suivie par l'autre. Elle accélère de plus
en plus et l'ombre fait de même. Elle arrive soudain près d'un trou dans le mur, ayant la
forme d'une silhouette humaine s'étant écrasée contre, bras et jambes écartées. Elle ralentit et,
en se gardant bien de regarder le trou, passe devant lentement, s'arrête au centre, immobile.
L'ombre qui la suit entre dans le trou, en ayant les dimensions exactes. La jeune fille se met
alors à courir, poursuivie par l'ombre. Elle fait deux fois le tour de la rue, puis se jette dans le
trou qu'elle avait dépassé. Elle débouche en roulé boulé dans une autre rue où un jeune
homme brun, yeux bridés et cheveux décoiffés, colle des affiches à mains nues sur un
lampadaire. Il est vêtu d'une chemise marron foncé aux manches retroussées et d'un jean noir
fatigué, porte des chaussures lacées marron d'un style hésitant entre militaire et montagne,
deux bagues à une main (dont l'avant-bras est marqué d'une cicatrice), est assez mince et
porte une très légère barbiche au menton. Tandis qu'elle s'époussette à genoux, celui-ci, qui
s'est tourné vers elle à son entrée, vient se placer derrière elle, attrape quelque chose dans le
trou, en tire sa propre ombre gesticulant. Alors que la jeune fille se relève lentement, enlevant
ses lunettes pour se frotter les yeux, son regard accroche le titre de l'affiche (« Avis de
recherche : ombre perdue… cherche double », les deux derniers mots écrits en plus petits
caractères), le jeune homme secouant l'ombre dans son dos (cette dernière croisant les bras,
dans un geste d'énervement). La jeune fille tourne lentement la tête en même temps que
l'autre derrière elle, leur visage se faisant face, très proches. Le jeune homme esquisse un
sourire, lui caresse le menton et, tandis qu'elle se laisse faire, l'attire doucement à lui pour
joindre ses lèvres aux siennes.
Pascaline Lapier et Mahmoud Rekik
23 ans et 26 ans
Biganos et Gradignan, France
Scénario : Créature
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CRÉATURE
Séquence 1/ interieur- nuit/ Pièce
Dans une pièce plongée dans l'obscurité totale, on peut apercevoir l'extrémité d'une cigarette en train de se consumer.
Le sommet de la tête d'un individu sort de la pénombre. D'abord figé, celui-ci soulève doucement la tête et son visage apparaît de face éclairé par la lumière que diffuse la cigarette qu'il ramène de ses deux doigts jusqu'à son visage.
L'individu, WAHID est jeune, dans la vingtaine. Il a les traits tirés, des cernes sous les yeux et le regard fatigué et évasif.
Le visage de Wahid est en partie mangé par les ombres qui déforment son visage et le rendent monstrueux, inhumain. Le coté droit du visage est légèrement éclairé par la cigarette qu'il fume. L'autre coté est dans l'obscurité.
Wahid regarde droit devant lui, l'air épuisé et abattu.
Voix-over d'un homme âgé au timbre grave et rocailleux :
Je me présente, Wahid, mon nom, ma passion c'est ma prison
Wahid baisse la tête et prend une tafe de sa cigarette.
Prisonnier de l'art, la littérature, ma passion… je crée…créer est un don, une malédiction !
Il regarde droit devant lui et expire la fumée de la cigarette.
Je vous pose une question : suis-je la réalité de mon imagination, ou l'imaginaire de ma réalité ?
Il écrase sa cigarette dans un verre d'eau. Il met sa main à sa bouche et mime le geste de la cigarette qu'il fume.
Je suis personne… je suis tout le monde !
Il expire de la fumée de cigarette. Puis la fumée revient dans sa bouche.
Séquence 2 /Ext-Nuit/ Rue Saint Rémi à Bordeaux
Dans une ruelle sombre et déserte, un homme marche rapidement. On l'aperçoit de dos. Sa démarche est lourde et mal assurée. Il est vêtu d'un long manteau, et porte un chapeau sur la tète. Dans sa main droite il tient une mallette. On entend le bruit de ses chaussures claquer sur les pavés de la rue. Il ralentit puis s'arrête. Sa respiration s'accélère. On entend sa respiration. Il tourne lentement la tête derrière lui. On reconnait Wahid. Son regard tente de percer l'obscurité. Il retourne la tête, calme sa respiration. L'air plus rassuré il reprend plus calmement sa marche.
Après quelques pas on entend les pas d'une seconde personne. Wahid accélère. On entend le battement affolé de son cœur. Il se met à courir.
Séquence 3/Int-Nuit / Pièce
La pièce est éclairée par une lumière rouge artificielle dont la source est indéterminée.
Etroite, la pièce qui fait figure de chambre est composée de peu de mobilier : un petit lit une personne dans un coin, un modeste bureau, une chaise biscornue.Les murs sont délabrés, s'effritent et se fissurent. Un grand miroir rond est accroché sur l'un des murs.
Wahid, torse nu et pantalon, écrit assis sur la chaise en face du bureau. La flamme d'une bougie illumine le plateau du bureau encombré de feuilles éparpillées partout. Le jeune homme se relève brusquement. Enervé, il prend la feuille sur laquelle il écrivait et la déchire en morceau. Tout en criant sa fureur, il balaie de son bras le plateau du bureau et les feuilles s'éparpillent sur le sol. Ces mêmes feuilles reviennent sur le bureau. Wahid est assis devant son bureau et il écrit.
Wahid écrit. Il se relève brusquement, lâche un juron. Dans son élan, la chaise heurte le sol. Il la ramasse et la balance contre le mur tout en criant sa fureur.La chaise revient à sa place, Wahid est assis dessus et écrit.
Wahid écrit. Soudain il rature de toutes ses forces sa feuille au point que celle-ci se déchire sous les coups du stylo. IL se relève brusquement. Dans son élan, la chaise heurte le sol. Il se retourne, repousse du pied la chaise sur le sol et entame un vas-et-viens dans la pièce. Il marche de plus en plus vite. On entend le son des pas claquant sur les pavés.
Séquence 4/ ext-nuit/ Rue Saint Rémi – Place de la Bourse à Bordeaux
Wahid court dans la rue. Il est essoufflé. On entend sa respiration et les pas de sa course.
IL sort de la rue Saint-Rémi et arrive sur la Place de la Bourse. Il regarde derrière lui. Terrifié, il reprend sa course d'un pas plus rapide. Il passe devant la fontaine aux Trois-Grace. La place voit défiler quelques passants. Les voitures circulent sur le trafic.
Wahid, traverse la voix du tram puis la route. Les voitures sont arrêtées mais alors que Wahid traverse elles sont sur le point de redémarrer. Certains conducteurs klaxonnent.
Arrivée sur le miroir d'eau, Wahid regarde derrière lui sans s'arrêter. Il chute sur le miroir d'eau. Il regarde son reflet.
Séquence 5/int-nuit/ pièce
Wahid devant le miroir se contemple. Il n'y a pas de reflet dans le miroir mais un homme vieux qui le regarde en train de se regarder dans le miroir.
Voix-off Wahid :
Une destinée partagée entre une vision floue et une incertitude. Surréaliste, es-ce mon future ou mon passé ? Je me reconnais plus, je me sens plus, je me vois plus…
Séquence 6/ext-nuit/Miroir d'eau à Bordeaux
Wahid est entouré de personnes qui se sont rassemblées autour de lui. UN HOMME lui tend la main pour se relever. Wahid regarde l'homme. Il écarquille les yeux de surprise. Tout à coup anxieux, il se relève de lui-même précipitamment, reprend sa mallette et tente de se frayer un chemin dans la foule en poussant et bousculant les gens sur son passage. Une fois dégagé de l'étreinte de la foule, il se met à courir.
Séquence 7/ext-nuit /pont de Pierre
Wahid marche d'un pas ferme, sur le pont de Pierre.
Il tourne sa tête derrière lui. Il s'arrête au milieu du pont de Pierre et relève sa tète vers le ciel. Il regarde vers le fleuve.
Terrifié, il jette sa mallette sur le sol et s'agenouille. Les mains tremblantes il ouvre sa mallette. Il glisse sa main dans la pochette et en sort une rame de papier.
Le visage en sueur il regarde autour de lui. Rassuré, il se relève en s'appuyant sur le bord du pont. La rame de papier froissé, serrée entre ses mains.
Il grimpe sur la rampe en tremblant pour se dresser sur le bord de la barrière de sécurité. Un pas le sépare de la chute. Il lève ses mains vers le ciel avec les papiers dans une main.
Wahid jette un coup d'œil puis redresse la tête au son d'une voix.
Il tourne la tète vers la source de la voix et son regard croise celui du vieillard assis au bord de la rive, balançant ces jambe par-dessus la rambarde l'air détendu.
VIEILLARD :
C'est maintenant que tu commence à tout détruire, imbécile tu crois que t'en est capable, tu n'as pas la force ni le courage ni la rage, t'es qu'un lâche.
Wahid ferme les yeux très fort. Sa mallette s'ouvre totalement et laisse s'échapper toutes les feuilles restées à l'intérieur. Wahid ouvre les yeux. Il libère la rame de papier qu'il tient de son autre main. Les feuilles s'envolent. Il contemple admiratif, l'air soulagé, le balai dansant des feuilles virevoltantes, qui s'éparpillent dans la Garonne.
Une larme perle au coin de son œil, balafre sa joue et tombe dans le fleuve.
VIEILLARD :
Qui es-tu, d'où viens tu et ou vas-tu… trois question auxquelles tu pourras jamais répondre, t'as peur… avoue…dis le…mais crie le ! Ah ! T'as perdus ta voie ? Ta vocation je veux dire, ton âme, ton esprit, ton univers.
Wahid relève la tète et ferme les yeux. Il se laisse guider par le vide, et lâche peu à peu la rampe. Il est sur le point de tomber. Son corps est aspiré par la gravité.
Séquence 8/ int-nuit/ pièce-chambre
Wahid est réveillé par le choc brutal de sa tête contre le bureau. Assis sur sa chaise en face du bureau, Wahid tient un stylo toujours dans sa main. La bougie est éteinte, laissant échapper une légère fumée grise. La pièce est inonder d'eau, qui arrive jusqu'au mollet de Wahid. Dans cette eau qui peu à peu se vide flottent des feuilles de papier.
Voix-off Wahid :
Je n'y arrive plus. Mais idées me lâchent. Est-ce que je suis le guide ou suis-je guidé ?
A travers mes pensées, univers obscure, noirceur d'une âme errante, tu dépends de moi mais je me sens soumis.
L'eau tourbillonne sous Wahid comme pour s'évacuer par un trou sous ses pieds.
Séquence 9/ int-nuit/ salle à manger
Wahid mange à table avec sa mère, sa petite sœur et sa compagne, Sandrine. Il fait tourner sa soupe dans son assiette avec sa cuillère.
SANDRINE s'assoit au coté de Wahid, sur sa gauche. La MERE est assise à droite de Wahid.
SANDRINE:
Ton éditeur à téléphoné aujourd'hui. Il veut te parler de ton manuscrit si j'ai bien compris. Tu ne m'avais pas dit que tu l'avais fini ?!
MERE (surprise et intéressée) :
Tu écris une nouvelle histoire ? De quoi ca parle?
Le VIEILLARD caresse avec tendresse les épaules de la mère. Il lui chuchote à l'oreille.
VIEILLARD :
« De moi ! »
La pièce s'assombrit. La lumière vacille, puis celle-ci se diffuse en douche au dessus de la table. Elle est la seule source lumineuse de la pièce. On ne distingue plus le mobilier derrière les personnages.
La Mere, regarde le vieillard attendri. Elle penche légèrement la tête et de sa joue caresse la paume de la main du VIEILLARD et l'embrasse. Wahid surpris, est abasourdi. Il cligne des yeux, secoue quelque peu la tête comme pour se réveiller.
Sandrine, sa compagne, sert à manger. Elle prend l'assiette de la Mère et la sert.
LA PETITE SŒUR apparaît, joyeuse, dans une jolie petite robe blanche. Elle s'avance en trottinant jusqu'à Wahid.
PETITE SŒUR (tournant sur elle-même) :
Regard Wahid la nouvelle robe que Sandrine m'a acheté aujourd'hui ! Elle est jolie non ?! »
Le vieillard prend la main de la petite fille est la fait tourner sur elle-même. La petite sœur rit de joie. Le vieillard la prend dans ses bras et tourne avec elle sur lui-même. Il la sert très fort.
Sandrine et la mère sont émerveillées. Elles sourient et discutent entre elles.
Le Vieillard entraine la petite sœur jusqu'à son siège. Il pousse sa chaise pour la rapprocher de la table puis se penche et dépose un baiser sur son front.
Le Vieillard s'assoit à une place en face de Wahid, coi et déboussolé. Le vieillard regarde fixement Wahid dans les yeux. Les deux hommes s'affrontent du regard.
Sandrine parle et le Vieillard, toujours en fixant Wahid, tient le même dialogue. Il dit mot pour mot ce qu'annonce Sandrine puis la mère. Il parle en même temps que les deux femmes et fait les mêmes gestes.
SANDRINE ET LE VIEILLARD (à la mère)
Il ne vous dira pas plus qu'à moi de quoi parle son histoire...
LA MERE ET LE VIEILLARD (en soupirant, à sandrine)
Je sais, il a toujours été très secret. Depuis tout petit.
SANDRINE ET LE VIEILLARD (à la mère)
Oui, cette façon qu'il a de garder les choses secrètes… C'est à se demander, s'il écrit vraiment…
Wahid suit la conversation de sa compagne et sa mère et observe désabusé le Vieillard. Wahid se lève brusquement. Sandrine et sa MERE le regardent, surprises. Il les regarde une a une. Elles semblent inquiètes.
MERE :
« Qu'est ce qui se passe mon fils? »
Wahid s'excuse. Il se prend la tête entre les mains et feint d'être malade.
Sandrine se lève pour l'examiner, mais Wahid recule et fait un pas en arrière, une attitude qui immobilise Sandrine, surprise.
WAHID :
« C'est bon c'est rien ca va passer. »
Le vieillard débout derrière Sandrine déboutonne son ceinturon puis descend son pantalon. Il saisit Sandrine par derrière et la renverse sur la table. Il commence à soulever sa jupe et la pénètre. Il fait des vas et viens et Sandrine jouit de plaisir.
La mère et la petite soeur regardent la scène. La première est admirative et la deuxième est amusée.
Wahid choqué et pétrifié secoue vigoureusement la tête. Il ferme les yeux et retient son souffle. Lorsqu'il les ouvre, il expire bruyamment. Inquiète, Sandrine et sa mère l'observe. Sandrine fait un pas en avant et constate que wahid ne bouge pas. Elle se rapproche de lui.
SANDRINE :
Tu es sur que ca va ? Tu sembles fatigué, tu devrais aller te reposer un peu.
Wahid acquiesce. Il a l'air désemparé et perdu. Il sort de la cuisine. Sandrine et la mère échangent un regard.
Séquence 10/ int-nuit/ Salle de bain
La salle de bain est délabrée, sale et encombrée. Wahid penché devant le lavabo se lave le visage. Il se relève et regarde son reflet dans le miroir.
VIEILLARD (sur le ton du reproche et de la plaisanterie):
« Tu cherches l'inspiration dans ton inconscient, c'est ça ton idée ? T'es qu'un lâche, t'es qu'un obsédé. »
Wahid se tourne vers le Vieillard, mais celui-ci a disparu de la beignoire.
Séquence 13/int-nuit/ piece
Wahid ouvee les yeux. Il est assis devant le bureau regarde sa feuille blanche. Il n'écrit pas. Le vieillard est assis sur le lit et observe Wahid, impassible.
Quelque temps plus tard, Wahid debout fait les cent pas. Le vieillard est allongé sur le lit, endormi.
Quelque temps plus tard, Wahid dort la tete posée sur le plateau du bureau. Le vieillard derrière lui récite quelque chose d'inaudible.
Séquence 11/int-jour/ salle de bain
C'est le matin, Wahid dans la salle de bain, se rase. Dans la baignoire, le vieillard l'observe.
Séquence 12/ int-jour/ cuisine
Il est midi. Wahid déjeune seul dans la cuisine. Il mange en raturant des lignes de son manuscrit. Il ne semble pas convaincu. Fait non de la tête et soupire. Le vieillard en face de lui l'observe en rigolant. Wahid l'ignore.
Séquence 13/ int-nuit/ chambre à coucher
Le soir, Wahid allongé sur le lit dans la chambre à coucher, relit son manuscrit. Il a l'air désespéré.
Sandrine se glisse en nuisette dans le lit. Elle tente de le séduire. Il la repousse d'abord, puis peu à peu se laisse tenter. Après quelques baisers passionnés, Wahid pose son manuscrit et commence à se laisser aller aux caresses de Sandrine.
Quelques temps plus tard, Wahid et Sandrine sont en plein ébat amoureux. Sandrine au dessus de Wahid et le chevauche. Ils sont en sueur et semblent savourer un plaisir intense.
Wahid, l'espace d'un instant, aperçoit non plus Sandrine au dessus de lui mais le Vieillard. Cela se répète. Déconcentré, Wahid a changé d'expression alors que Sandrine consumée par le plaisir, les yeux mi clos, continue de le chevaucher. Soudain, le vieillard se superpose à Sandrine. Il regarde Wahid en souriant. Wahid le repousse violement et l'éjecte du lit. Sandrine par terre, sous le choc tente de se relever puis renonce. Elle est furieuse.
SANDRINE :
Mais enfin qu'est ce qui te prend ? Qu'est ce qui ne va pas ? T'es complètement fou ou quoi ? Tu as perdu la tête ?!
Wahid tente de s'expliquer. Aucun mot ne sort de sa bouche. Il reste muet. Sandrine se lève avec difficulté. Elle sort de la chambre en boitant.
Wahid, rejette sa tête en arrière sur les oreillers. Il se parle à lui-même.
WAHID :
Ce n'était qu'un rêve, oui voila un cauchemar, je dois rêver, je dormais je dormais, je dors encore c'est ça.
Quelque chose rampe dans le lit. Le vieillard sort des draps et attrape Wahid à la gorge. Il tente de l'étrangler.
VIEILLARD :
Tu crois que tu dors, tu as tort, tu es partiellement mort. Tu cherches du repos, tu n'es pas censé en trouver, jamais tu ne reposeras en paix.
Wahid se débat sans succès. Il agonise, souffre puis ferme les yeux, vaincu.
Séquence 14/ ext-jour/plage
Wahid ouvre les yeux. Aveuglé par la lumière du soleil, il ferme les yeux et secoue légèrement la tête. Il se relève tranquillement. Il se touche et frotte son cou.
Désorienté, Wahid observe les alentour. Il est seul sur une plage désertique. On entend le bruit des vagues et du vent dans les pins. Wahid marche pieds nus sur le sable. Il regarde l'horizon. Au son de la voix familière du vieillard Wahid se retourne. Il est ébloui. Le vieillard apparaît en contre jour. Wahid se cache les yeux avec une main. Le vieillard s'avance.
VIEILLARD :
Entêté que tu es, tu écris ton prochain, ton présent, ton passé. Tu as peur d'assumer. Tu créer pour ensuite abandonner, récolte la peine que tu as semée. Affronte ta douleur, tes idées, ton présent, ton passé, ton châtiment, ta destiné.
Le Vieillard saisit la main de Wahid qu'il tient fermement et de son autre main il y verse du sable.
VIEILLARD :
La vie est comme ces grains de sable. Ephémère et fragile. Le temps s'écoule sans fin et le présent devient le passé d'un avenir instable
Wahid impassible regarde les grains de sable s'échapper de sa main. Il ferme sa main et le vieillard ferme la sienne par dessus. L'un en face de l'autre ils se regardent. Wahid sourit. Le Vieillard lui rend son sourire.
On entend le bruit de doigts tapant sur un clavier.
Séquence final.int-jour/ pièce
Assis devant son bureau, Wahid écrit :
« Séquence 1/ interieur-jour/ Piece
Dans une pièce plongée dans l'obscurité totale, on peut apercevoir l'extrémité d'une cigarette entrain de se consumer.
Le sommet de la tête d'un individu sort de la pénombre. D'abord figé, celui-ci soulève doucement la tête et son visage apparaît de face...
Wahid regarde droit devant lui, déterminé. On peut voir dans ses yeux le regard du vieillard.
FIN.
LECTURE DES SCENARIOS LAUREATS DU CONCOURS,
en presence de leurs auteurs
Ces lectures auront lieu durant le week-end de competition, les samedi 26 et dimanche 27.


















